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Témoignages - Décembre 2011 |
Volontaire pour un plan simple de gestion
M. Hugues LEVESQUE a récemment repris, à la suite de son père, la gestion de la propriété familiale en Loire-Atlantique. Une jolie demeure à l’environnement arboré d’une quinzaine d’hectares, située à quelques kilomètres de Nantes en bordure des marais de l’Erdre et de la rivière l’Hocmard. Propriétaire attentif à l’avenir de ses arbres et de son environnement, il a réalisé récemment un plan simple de gestion volontaire. Il nous explique ici le sens de sa démarche et l’intérêt qu’elle présente pour lui.
« Le parc forestier qui borde la propriété sur 3 hectares date de plus de cent ans. Une grande variété d’espèces y prospère. Six hectares sont venus agrandir cet ensemble en 1991. A cette époque, les agriculteurs abandonnaient la location des terres peu rentables. L’idée de créer une forêt, de compenser à moyen terme le parc vieillissant pour conserver un environnement boisé a fait son chemin. C’est ainsi que mon père a planté ces parcelles en chêne sessile, les plants lui ayant été donnés par l’administration forestière de l’époque ».
Lorsqu’en 2008, Hugues Levesque revient habiter la propriété, les alentours ont évolué. « Trois agriculteurs résistent encore à la pression urbaine, mais de nombreuses terres sont aujourd’hui couvertes de maisons. Le nombre d’habitants a quintuplé, et surtout, leur conception de la nature et de son entretien n’est plus la même que 20 ans plus tôt. J’ai compris cela lorsque j’ai abattu un vieux chêne dépérissant et dangereux. Les services municipaux ont débarqué aussitôt, alertés par les nouveaux riverains, pour me signaler que je n’avais pas eu d’autorisation ! De fait, parc et plantations sont des « Espaces Boisés Classés à conserver (EBC) » dans le Plan Local d’Urbanisme de la commune, ce qui sous-entend d’obtenir une autorisation à chaque fois que vous prenez la tronçonneuse ! Même si je ne cherche qu’à entretenir et préserver l’aspect environnemental des lieux ».
« Les arbres du parc vieillissaient et la première éclaircie des jeunes boisements s’annonçait. Cela présageait des demandes successives et incessantes » continue M. Levesque. « Les contacts avec le Syndicat des forestiers privés de Loire-Atlantique et avec le CRPF, m’ont montré que, pour éviter ces multiples demandes, disposer d’un Plan Simple de Gestion agréé qui exonère de demandes d’autorisation de coupes auprès de la mairie, était la solution adéquate ». C’est ainsi que démarre la rédaction du futur PSG que M. Levesque réalisera d’emblée sous forme informatique avec les documents disponibles sur le site internet du CRPF. Même la carte des peuplements, élément pour lequel la mise sous informatique est souvent délicate.
« Je l’ai réalisée à l’aide d’un logiciel de présentation courant (Power Point de Microsoft). Il n’est pas conçu pour ça, mais, avec un peu de patience, il permet d’obtenir un PSG propre et facilement modifiable».
Première étape, s’assurer que la surface totale des parties boisées couvre au minimum 10 hectares - seuil minimal pour ce document. Et première embûche : les parcelles cadastrales concernées atteignent péniblement les 9,50 hectares. C’est donc insuffisant pour un PSG. Qu’à cela ne tienne, une petite prairie d’un ½ hectare profitera de l’occasion. Elle sera plantée dans l’hiver d’essences variées.
« Et cela me permet de conforter un de mes objectifs qui est la vocation paysagère que je donne à mon bois ».
Deuxième étape, s’approprier les termes techniques utilisés pour la gestion forestière. « C’est un exercice intéressant et amusant mais pas toujours évident pour un jeune forestier. Mais les mots : futaie, taillis, éclaircies, rotations, objectifs, prennent vite du sens et du contenu au fur et a mesure des visites de parcelles que je réalise. Cela m’apporte beaucoup du point de vue de la technique et sur la nécessité d’envisager la gestion sur du long terme », remarque M. Levesque.
La troisième étape n’était pas attendue. La carte des zonages environnementaux s’appliquant a la forêt, fournie par le CRPF, montre qu’une partie du bois est comprise dans la « zone Natura 2000 de la Vallée et les Marais de l’Erdre ». Ainsi les haies de chênes centenaires conservées au milieu de la plantation, les zones marécageuses d’aulnes glutineux, les prairies inondées en hiver sont concernées. Ces habitats, peu fréquents au niveau européen, abritent une faune et une flore relativement rares. « Pour répondre à cette exigence réglementaire j’ai dû cartographier les habitats, identifier les espèces et vérifier que ma gestion forestière était compatible avec leur préservation. Si ces habitats existent ici aujourd’hui, c’est que nous avons toujours su les préserver. Mais c’est vrai que le Document d’0bjectifs (Docob) m’a permis de mieux connaître ces milieux et aide à préciser, pour chacune de ces zones, les enjeux, les objectifs et la gestion préconisée pour mieux les pérenniser ».
Quelques mois plus tard, la rédaction du PSG se termine. M. Levesque ne regrette pas de s’être lancé dans cette aventure. « Même si au départ, l’enjeu était plutôt administratif, cette approche m’a amené à une réflexion sur le long terme. J’ai enrichi mes connaissances et mes techniques quant à la gestion des différentes parties du bois. J’ai une vision de ce que je veux faire pour mon bois et de comment je vais le faire. C’est une vraie satisfaction ».
Et la rédaction de ce plan « simple » a eu plusieurs conséquences immédiates :
- une nouvelle plantation d’1/2 hectare, qui a souffert d’un été 2010 très sec, mais sera regarnie l’hiver suivant,
- le démarrage de la première éclaircie dans les plantations de chêne de 20 ans, réalisée par des particuliers en bois de chauffage,
- une gestion mieux maîtrisée du vieux parc. Délicate à mener, la futaie irrégulière permet de préserver l’aspect paysager et le renouvellement progressif de cette parcelle. Les trouées créées par les arbres dépérissants sont reboisées d’espèces identiques, protégées du gibier et dégagées annuellement,
- le maintien d’une petite prairie humide pour l’accroissement de la biodiversité.
« Nous avons contacté des acheteurs pour vendre quelques très beaux arbres. Cela s’est soldé par un échec. La rentabilité économique ne peut être attendue dans notre propriété », constate M. Levesque. « Le volume trop faible, les essences trop diversifiées, et le respect du peuplement présent rendent économiquement inintéressant ce type de coupe. En fin de vie, ces belles grumes partiront en bois de chauffage ! ».
Aujourd’hui, le plan simple de gestion est agréé pour sa gestion forestière et pour sa gestion environnementale. M. Levesque peut se concentrer sur la réalisation de son programme, libéré des préoccupations administratives. L’intérêt pour la gestion de ses arbres s’est renforcé, sans que cela nuise a son souhait d’attirer un peu de gibier, de croiser quelques champignons et, tout simplement, de se promener dans cette petite mais magnifique propriété.